Le « travail sur soi » du psychologue

Publié le par tex

Le « travail sur soi » du psychologue.

  

Voici une petite réflexion que je vous propose de partager. Comme la plupart des nouveaux psychologues, je me suis penché sur la question d’un travail sur soi pour accompagner ma pratique. Ayant de l’argent (un peu), du temps (un peu plus) et de la motivation (ça dépend des jours), je suis parti en quête d’un lieu pour ce fameux travail.

Pour les adeptes de la psychanalyse, la solution est assez simple, il suffit de faire une psychanalyse qui par miracle la vertu de la cure permet  non seulement d’avoir son travail sur soi, mais en plus pour le même prix, de devenir  psychanalyste.

N’étant pas croyant, je cherchai une cure qui pourrait me permettre d’avancer dans la connaissance de moi-même sans passer par le stade anal et la mère suffisamment castratrice pour la résolution de mon Œdipe.

J’eu du mal à trouver le bon thérapeute qui me permettrait ce merveilleux travail. Il faut dire que je n’y ai pas mis beaucoup du mien. Je n’étais pas particulièrement intéressé par la parapsychologie, l’énergie transcendantale, la scientologie, l’ésotérisme, le cri primal, et je l’avoue la thérapie orgasmique me laissa songeur, mais sans plus.

Se posa alors à moi la véritable question, « c’est quoi un travail sur soi… ? ». Cinq années d’études (voir six) pour en arriver là, je dois avouer que je n’en menais pas large. Je repris alors mes cours, quelques lectures par-ci par-là, pas mal de googlisme, et enfin, j’avais ma réponse. « Ma qué, le travail sur soi, c’est faire oune travail sur son soi pour mieux se connaître ». « Connais-toi toi-même » disait le plus Vandamien des grecs, « Je est un autre » répondait le Steevy du XIXème siècle.[1]

 Le travail sur soi, c’est donc une sorte d’introspection permettant de connaître ses failles, ses forces et ses faiblesses, et tout cela pour permettre au bon psychologue (qui n’a rien à voir avec le mauvais psychologue, ni avec le mauvais sein) de faire la part des choses entre ce qu’il ressent et ce que lui renvoi son patient. Bonne réponse de Xavier D. de Paris.

Mais bon, une fois qu’on a dit ça, on a rien dit. De l’introspection donc. Avec ou sans tiers (payant) ? Avec ou sans médium (de l’équi-thérapie à l’art-thérapie en passant par le training autogène et le rorschach) ? Masser un poney avec de la peinture pour faire des belles taches ne m’introspecte pas des masses.

Soyons clair à ce stade (oral ou Français selon les cultes), je fais bien la différence entre formation continue (que l’on retrouve dans un certain nombres de métiers et qui est fortement encouragé dans notre code de déontologie), supervision de pratiques (ah, les groupes Balint, quelques grammes de finesse dans un monde de brutes) et le travail sur soi.

Sur les deux premiers, entre mes lectures, la préparation de mon doctorat, et les réunions de travail des cas avec mes collègues, je suis à peu près dans les règles. Mais pour ce futur travail sur soi, je me sens un peu délinquant.

Dire que j’ai dû mentir à mon travail, en disant que bien évidement je suivais une psychanalyse, que ma pratique était avant tout psychanalytique, et que la psychanalyse m’habitait (et inversement). Je n’en suis pas très fier, mais ça aurait pu être pire, j’aurais pu leur dire que je me sentais totalement compétent !

C’est tout de même un drôle d’idée ce travail sur soi. Si on enlève toutes les personnes qui suivent des pratiques de charlatans, peut-on vraiment dire de façon scientifique (oh le gros mot, que vient-il faire en plein cœur des sciences humaines ? Je l’enlève immédiatement) rationnel que les personnes suivant de façon régulières un travail personnel, non pas pour régler un problème personnel, mais pour véritablement se mettre au clair sur leur être profond, sont des gens réellement plus épanouis efficaces aptes dans leur pratique ?

Alors bien sûr, à ce niveau de lecture, j’entends déjà les cris d’orfraie (« or frais » dirait le Ruquier de la psychanalyse française des années 60) de mes chers collègues soupirant à la provocation et au manque de recul de mes propos, mais tout de même, quitte à me soumettre corps et psyché dans un processus identifiant et identificatoire, j’aimerais savoir où je met les pieds.

 Je me retrouve donc à la case départ, mais sans qu’un psy ait touché 5000 euros et sans avoir fait de jeu de mot avec « travail sur soi / travail sur soie ». Bilan plutôt négatif.

Je jette donc ce message comme une bouteille à la mer, et je vous promets de faire une petite synthèse de toutes les réflexions qui me seront faites à la suite de cet appel.

 

 

 

 

 

 



[1] (Socrate et Rimbaud pour ceux qui ont du mal à suivre).

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Publié dans textes psy

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P
<br /> "Je me retrouve à la case départ, mais sans qu'un psy ait touché 5000€" Donc les psychologues ne doivent surtout pas gagner trop d'argent ? Un passage étonnant de votre texte...<br /> <br /> <br /> On ne choisit pas la psychologie par hasard. Nous avons tous des problèmes, des choses pas très claires dans notre esprit qui mériteraient qu'on s'y arrête ; après, on le reconnait... ou pas.<br /> Plusieurs de mes collègues refusent de se faire soigner, ils affirment qu'ils n'en ont pas besoin, or ce sont justement eux qui ont les plus gros problèmes à résoudre. Nul n'a eu une enfance<br /> dorée, nul n'est parfaitement clair dans sa tête, et lorsqu'on décide de passer des journées entières devant des gens qui vont mal, il faut mieux être paré, non ?<br /> <br /> <br /> En admettant qu'on n'ait réellement jamais eu le moindre problème : comment espérer aider des patients qui en ont plein ? La dépression ça ne s'invente pas... Si on en a eu : comment peut-on<br /> aider des patients à se remettre en question si on a peur de le faire soi-même ? Et là je rejoins ceux qui parlent des psychologues ayant des problèmes avec le contre-transfert : s'ils se<br /> faisaient soigner, ils arrêteraient sûrement de se venger sur les patients... qui ne viennent vraiment pas pour ça !<br /> <br /> <br /> Certains psychologues refusent de voir un psychologue car ils ont une très mauvaise estime du métier... Pourquoi exercer, dans ce cas ? Pour se retrouver face à des personnes qui vont plus mal<br /> que soi-même ? C'est valorisant pour le thérapeute, et rassurant. Mais que se passe-t-il si l'un des patients commence à se remettre en question et à aller mieux ? Concurrence entre patient et<br /> thérapeute ? Oui, ça s'entend aussi. Et ça donne à réfléchir quand même...<br /> <br /> <br /> Je trouve idiot qu'on veuille forcer les psychologues à faire une thérapie. On ne peut pas forcer quelqu'un a faire un travail sur soi-même s'il ne le désire pas. Par ailleurs, une personne qui a<br /> des défenses contre l'introspection a sûrement d'excellentes raisons, et les forcer constituerait une erreur monumentale. Il faudrait plutôt orienter ces "psychologues" vers un autre métier, plus<br /> adapté...<br /> <br /> <br /> Bonne continuation.<br />
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B
<br /> Bonjour,<br /> <br /> Je ne suis pas psychologue...juste victime d'une psychologue qui aurait bien fait de faire une petite thérapie. Cela lui aurait permis de mieux gérer les problèmes de transfert et surtout son<br /> contre-transfert.<br /> <br /> Elle se pense (je crois) équilibrée mais le chaos de la thérapie et ses multiples entorses à la déontologie, ses erreurs de diagnostics, son absence d'écoute prouvent tout le contraire.<br /> Si elle n'a pas travaillé sa "relation aux hommes" (et probablement ses problèmes de relation aux parents), il n'est pas étonnant qu'elle n'ait pas sû gérer une relation thérapeutique avec un homme<br /> (moi) qui visiblement l'a "travaillé".<br /> <br /> Donc oui, les psychologues devraient faire un travail sur eux-mêmes et nettoyer les "casseroles" qu'ils trainent. Qui a eu une vie et des parents parfaits ?<br /> <br /> <br />
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V
Et j'ajouterais que je ne suis pas assez forte pour estimer que pour un autiste aille mieux il faut developper sa créativité... si des personnes n'ont pas nécessairement d'attirance pour la pratique artistique, on n'est pas obligés de les forcer à développer leur créativité ! Le but n'est pas tendu de la personne vers l'art mais l'art vers la personne, et même mieux, l'art à son service, comme moyen de retrouver un mieux vivre 
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V
De plus le site que tu m'a conseillé d'aller voir ne se réclame pas de l'art-thérapie mais bien de thérapie médiatisée ou de psychothérapie à support artistique !
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V
Merci pour le conseil mais je suis déjà en formation d'art-thérapie, dans une formation qui me délivre un diplome universitaire. Je suis étudiante dans une faculté sérieuse où l'art-thérapie n'est pas considérée comme une thérapie médiatisée uniquement, sous couvert d'un courant psychanalytique.Nous avons des cours de neurologie, de pharmacologie ou autre pour nous permettre de comprendre mécaniquement ce qui se passe dans le corps de la personne, pas dans sa tête (nous ne sommes pas psychologues ou psychanalistes) . Nous considérons l'art comme un moyen de parvenir à un objectif thérapeutique précis (ex: si la personne est dépressive et ne fait plus rien par elle même, l'objectif serait qu'elle recouvre une certaine autonomie). Dans cette optique, nous n'analysons pas le travail réalisé et nous n'entrons pas toujours dans la psychologie du patient.C'est une autre façon de voir les choses... 
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