JE VEUX PAS VOIR LE PSY!!!

Je veux pas voir le psy!!!
Quand mon petit frêre était plus jeune, ce n'était pas un garçon facile. Non seulement, il faisait la sieste pile expres au moment où je voulais m'amuser avec mes jouets bruyants (j'avais une super moto electrique rouge avec un autocollant de Starsky et Hutch), non seulement, il me perdait mes billes et mes « voitures-majorettes » (comment faire douter un garçon de sa sexualité...) mais en plus quand on se disputait c'est toujours moi qui me faisait punir, en plus qu'il ne finissait jamais son assiette!
Bref, vous l'avez compris, psychologues avertis que vous êtes, mon petit frêre allait tout droit vers la petite délinquance, le grand banditisme, la drogue, et le vote strotkiste.
Heureusement, mes parents eurent la présence d'esprit de l'emmener voir un psy.
Jamais je ne sus ce qui s'était dit lors de cet entretien mais ensuite lorsque mon frêre faisait mine de parler sans autorisation ou d'enfiler des chaussettes de sport sous des chaussettes de ville, nous le rapellions à l'ordre en le menacant de retourner voir la psy. C'était très efficace. Peut-être est-ce pour cela qu'il fait maintenant du Droit à Assas. Quand on vous dit que tout se joue avant six ans...
Petit préambule illustrant le fait que tout petit déjà, nous inculquons à nos bambins l'instinct de méfiance vis à vis des psychologues.
Que ceux qui ont déjà cotoyé un psy nous detestent, cela peut se concevoir. Un diagnostic mal fait, une orientation baclée, une écoute flottante, une haleine fétide, il y a mille et une raison d'être déçu de son psychologue. Mais pour tout ceux qui n'ont jamais pâti de notre pratique, pourquoi cette méfiance, cette hargne, ce dédain voir cette haine? Certains me répondront que si notre présence gêne, c'est que nous mettons à jour les dysfonctionnements, nous révélons à la face du monde les difficultés et les impasses, c'est que nous parlons vrai, Antigone moderne, nous défions les conventions pour imposer ce qui est juste!
Gonflez vos joues, montez vos bras à hauteur de visage, et pressez de votre index cette excroissance rebondie en levant les yeux au ciel... Voilà, c'est fait? On passe donc à autre chose.
Bien sure, nous avons un ego surdimensionné, et si nous avons inventé le complexe de superiorité, c'est que nous étions aux premières loges de notre vanité. Le psychologue est souvent perçu comme pédant, arroguant, sexy, tétu, et orgueilleux. C'est à peine si nous nous frottons pas les tétons lorsque nous parlons de « cadre à établir » de « secret professionnel », « d'étayage contenant » et « d'institution défaillante persecutrice » vilaine et méchante qui fait rien qu'à contracarrer nos belles oeuvres. C'est la faute aux parents, aux médecins, aux profs, aux infirmières, aux synthèses et aux matons, si tout va mal.
Et puis parfois, c'est aussi la faute aux mauvais psys. C'est quoi dailleurs la différence entre un bon et un mauvais psy? Tout dépends de ce qu'on attends de lui... (c'est con comme réponse. Toi-même...)
Donc, si au village, sans prétention, nous avons mauvaise réputation, c'est que notre société n'est pas prête à notre fulgurance, et puis c'est tout. Si les éducateurs spécialisés nous trouvent parfois distants voir prétentieux, c'est rien que des jaloux. Et si les psys qu'on voit à la télé sont des têtes à claques ou des pseudos intellectuels, c'est juste que le 16/9 ça déforme.
Tout ça pour dire qu'on fait quand même un drôle de métier, qu'on colporte une drôle d'image, qu'on a une drôle de réputation, et qu'on peut se demander parfois si c'est pas un peu fait exprès.
(Je crois que j'ai jamais fait un texte aussi creux, c'est pour être en cohérence avec l'idée exprimée!)