De la psychanalyse comme une religion ou comment se faire excommunier-

De la psychanalyse comme une religion –ou comment se faire excommunier-
Je ne suis ni pour ni contre les religions, bien au contraire ! Moi-même je vais à la messe à chaque Noël, je mange du chocolat à Paque, et en 98 j’ai prié Zidane en en enchaînant des chapelets de bières. C’est pour dire !
Ce n’est donc pas pour bouffer du psychanalyste que je prends le clavier, ni pour mettre en place mes défenses névrotiques (rien à voir avec le PSG), mais bel et bien pour continuer sur ma lancée de jeune psychologue sortant de latence. Ce qui va suivre va être forcément un peu caricatural et je m’en excuse d’avance surtout qu’il y a de moins en moins de talibanalystes parmi la nouvelle génération de psys. Malgré tout, la croyance purement psychanalytique a encore de beaux restes, et des endroits « ou trop » d’araignées signent la perversion me font un peu frémir…
Quand j’allais au catéchisme en cours, on me parlait de la psychanalyse comme d’une science, d’une philosophie ou comme une Vérité, et moi, j’étais content, je coloriais mes images de la Vierge Dora et du vieux Barbu, j’apprenais à faire la prière (allongé deux fois par semaine, dos au prêtre, même si le rite a quelque peu changé depuis Lacan II) et je rendais gloire au Saint Phallus, appelé aussi Saint Urgaüde dans les pays du Nord.
J’étais pas très pratiquant, même pas du tout, (faut dire que la quête me semblait élevée) mais il m’arrivait dans l’obscurité de mon inconscient, à l’abri des regards neutres et empathiques de chercher un sens à mes actes manqués, mes lapsus, et de me replonger dans le vécu de mon enfance comme on se plonge dans la vie des seins (maternelles).
Je me remémore avec nostalgie l’époque où je cotais les icônes du TAT avec mon bréviaire et que béatement j’ânonnais à la gloire de la mère suffisamment bonne partenaire oedipienne, et du père séparateur. « Oh Père séparateur, coupe-moi de mes relations incestueuses, donne une Loi à ma vie, fais entrer en moi le principe de réalité ».
Comme j’étais heureux et comme je me sentais fière de pouvoir expliquer le monde grâce aux révélations du bon Docteur (L’Inconscient Sexuel est notre Dieu, Sigmund en est son Prophète). Je savais bien que l’inquisition avait eu sa période d’ombre, en mettant sur le bûcher les mères d’autistes, de schizophrènes, et d’homosexuels, mais ces sorcières femmes n’étaient que les victimes d’une vérité encore dans ses balbutiements. Et puis, je croyais dur comme Freud aux textes sacrés. Tel un créationniste du nouveau monde, je soutenais que l’Homme aux loups avait été guéri, ainsi que le petit Hans, que l’Humanité devenait meilleur depuis la révélation (d’ailleurs à la suite d’Eric Emmanuel Schmidt, j’étais convaincu que si Hitler avait rencontré Freud, il serait devenu un merveilleux peintre épanoui…[1]) et que Bettelheim rendait vraiment autonomes les enfants autistes.
Et puis, un jour, j’ai perdu la Foi. Non, pas à cause des avancées scientifiques, (quelle belle dénégation), car il faut vraiment être bassement matérialiste pour soumettre la psychanalyse à des critères quantitatifs ! Ni à cause du peu de guérison (j’ai été brancardier à Lourdes, et je n’ai pas pour autant ruer dedans !). puisque même le prophète le proclamait « la guérison est de surcroît ». La guérison est 2 sur + dirais-je dans un élan lacano-mystique.
Non, j’ai perdu la Foi, bêtement, sans raison, que j’ai gardé d’ailleurs. Je me suis retrouvé athée un beau matin. « Comment peut-on être a-psychanalytique quand on est psychologue ? » diront les esprits perçants. « Je ne sais pas et je vous emmerde » ai-je failli répondre dans un élan pulsionnel mal contrôlé.
Ayant le sentiment d’avoir beaucoup prêché, et n’ayant ni l’âme ni la carrure d’un gourou, je laisse ouvert le débat avec comme conclusion provisoire « 101 an après la séparation de l’Eglise et de l’Etat, il y a quelque chose qui fait écho en moi… ».