Rappelez-vous vos années d'études, vos débats passionnés, l'impression de toucher aux secrets de l'Humain, vos querelles parfois sur ces deux petits mots « inné » et acquis ». Et puis vous avez commencé à travailler, et ces deux termes sont devenus petit à petit des mots fourre-tout, à utiliser avec modération, des thèmes de colloques où philosophes, psychanalystes et scientifiques se disputent pour finir d'accord sur le fait que tout ce que l'on sait c'est qu'on ne sait pas, mais que quand même, il semblerait que...
Dans votre pratique, vous maniez avec précaution ces concepts avec l'idée que vous êtes là pour favoriser l'acquisition épanouissante et accompagner la désacquisition de ressenti/comportement/compréhension/schéma, etc... néfaste pour l'individu. (on va encore m'accuser de suppôt du mec au chien... Pavlov Crew represent!). En ce qui concerne l'inné, vous travaillez sur l'ajustement, l'"apprendre à vivre avec", l'adaptation, tout ce qui peut permettre à celui qui est né avec la tête de Sylvie Vartan de supporter son quotidien.
Vous savez globalement que respirer, pleurer, se méfier des anglais, dormir, et chercher la communication, c'est inné, le choix d'un candidat, le sentiment de toute puissance, le mépris de l'autre c'est acquis.
En dehors de cela, les gens sérieux ont du mal à se prononcer. Ils parlent parfois d'Inné avec facteur d'accommodation ou d'acquis se basant sur un socle de potentialité, bref, ils font du centrisme intellectuel.
Quel est alors l'intérêt quand on n'y connaît pas grand chose de se poser la question de l'inné ou de l'acquis?
A part de faire parler de soi et à se la péter grave en fin de repas, la question de l'inné et de l'acquis et surtout les conclusions qu'on en tire permet au locuteur de renforcer ses conceptions internes permettant la représentation de son environnement. L'inné/acquis réponds en partie à la question du Pourquoi. (Pourquoi Bioman, il y a des méchants, et pourquoi il y a la jalousie? ») Et paf, d'un coup en découle la question du Comment. Prenons un exemple au hasard:
Si la violence, la perversion ou la haine est acquise, nous pouvons agir sur l'environnement pour favoriser le changement. Nous en devenons responsables car nous sommes acteurs du changement. Si ces notions sont innés, il n'y a pas d'autres choix que de prendre le problème à la source. Il faut donc isoler la perturbation (camisole chimique, camisole physique) voir la supprimer (peine de mort, eugénisme).
Dans une Humanité du tout inné, le psychologue pourrait retourner à ses chers études, le principale soin efficace étant la génétique ou la chimie.
Nous sommes donc non plus dans un débat scientifique, mais dans un débat idéologique.
C'est rassurant l'Inné : l'Homme-machine, l'Homme prédestiné, l'Homme à redresser de façon mécanique.
L'acquis, c'est le foutoir, c'est la chienlit, c'est le libre arbitre, la créativité, mais c'est aussi les zones d'ombre à assumer, l'humain imparfait, incontrôlable.
Pour un psychologue, c'est la possibilité de passer par de nouveaux chemins, d'être efficient, de travailler avec l'individu sur ses failles, et y a pas à dire, c'est important les failles pour l'Humain, c'est par là que passe la lumière...
Sur ces paroles lyriques, je vais clore la discussion en soulignant fièrement mon incompétence et mon ignorance sur ce qui est véritablement acquis et ce qui est véritablement inné, et d'autres devraient en faire autant...!