Chapitre 9

J’ai mis du temps à reprendre le chemin de l’écriture. Je sentais parfois en moi monter le tumulte des mots, le trop plein à vider, ce qui avant me poussait à écrire, dessiner, peindre, hurler.

Mais ici, j’avais l’apaisement facile. Les jeux vidéos, la télévision, la capacité d’acheter en vrac et sans compter, tout cela calmaient mes angoisses et me rendormaient.

Tout ici me rappelle Consuméris, jusqu’au parfum des voitures, des boulangeries et des jeunes filles. Une odeur chaude, tenace, insidieuse, qui envoûte, qui pallie le vide et le manque d’arguments.

Je pourrais tenter de comparer mon pays et le vôtre, mais je perdrais mon temps. Tout est dit, filmé, décortiqué, dénoncé, analysé, tout se sait, tout. J’ai vu la misère des gens d’ici, affamés à nos portes, pleurant sous nos chaussures, que l’on soulève plus haut, chaque jours plus haut, pour ne plus se souvenir qu’on les piétine.

J’ai vu l’exploitation des gens de là-bas, de ceux qui sont mal-nées, de ceux que l’on refuse d'accueillir pour ne pas avoir à s’abaisser. J’ai tout vu, il suffisait juste de lire, de regarder, d’écouter.

Et maintenant ? Que faire de ces images, de ces ombres, de ces fantômes de notre société qui ne sont pas encore mort ?

Il n’y a pas de lutte finale mais une survie quotidienne.

Par l’humanité, le mal arrive.


Les contemporains de Noé furent noyés, ceux de Sodome brûlés, les nobles eurent la tête coupée, les femmes se firent tondre. Les prisonniers politiques internés, les clochards ramassés, les immigrés chartérisés…


Camps de rééducation, de concentration, asile, prison, exil …

On tue, on cloître, on exclue, et puis il y a des moments de joie, mais c'est une autre histoire...

Par Monsieur Grabeuz
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