Chapitre 8
Cette situation ne dura pas longtemps. Les citadins n’ayant personne pour produire ce dont ils avaient envie, durent se passer de tout le luxe qui les entourait naguère. Aucun d’entres eux ne savaient ou ne voulaient devenir ouvrier, agriculteur, éboueur, ou tout autre métier ingrat non valorisé.
Les banques et les bourses ne valaient pas plus que la valeur de leurs papiers, les sièges sociaux continuaient à aligner des chiffres et à faire des rapports, la ville vécut comme un canard sans tête pendant deux semaines avant de s’effondrer. Les réserves étaient vides.
Les gens se laissèrent mourir, se sentant abandonnés dans un monde ou les voitures ne roulaient plus faute de pétrole, ou les téléphones ne sonnaient plus sans électricité.
La disparition de la télévision fit beaucoup plus de suicide que la pénurie de cigarettes.
Les produits de première consommation mirent du temps à disparaître, la ville étant un véritable grenier de victuailles.
Les objets inanimés soudainement encombrèrent. Les maisons croulèrent sous l’abondance de machines inutiles, des gadgets n’amusant plus personne, et de tout un fatras d’ustensiles, de trucs, de bibelots, de souvenirs, de foutoirs, de collections, de petits riens, et d’encore pleins d’autres choses qui avaient toujours été là, accumulation de la société d’abondance.
La foule hébétée marchait le long des devantures de magasins vides, cherchant des signes pour comprendre ce qui passait dans leur existence. Il n’y avait plus de journalistes, de chroniqueurs, de spécialistes, même pas une célébrité, pour leur dire ce qu’il fallait penser.
Je fus, je crois le seul à partir, n’ayant que peu d’attache à Consuméris.
Lorsque je suis arrivé ici, je cru que je pourrais tout oublier, et recommencer ma vie.