Chapitre 3




Au début, personne ne fît vraiment attention à toutes ces personnes fortunées qui disparaissaient. Les proches touchaient les héritages, les journalistes remplissaient les faits-divers, et la police faisait des statistiques.

Lorsque des crimes furent commis sur les célébrités et les politiciens, certaines personnes émirent des craintes sur la sécurité dans le pays.

Puis ce fût le temps des attentats anonymes, et la panique se propagea, tout le monde se sentant enfin concerné par la mort de l’autre.

Des arrestations se firent au hasard, des responsables furent interrogés, et contrairement à ce que l’on aurait pu prévoir, on découvrit qu’il n’y avait aucune concertation entre les différents crimes. Il existait bien la liste faite par mon voisin, mais la police ne mît jamais la main dessus et n’en entendu jamais parler.

La plupart des assassins furent jugés et condamnés. Les procès leurs permirent d’exprimer et de propager leurs idéaux, ce qui donna naissance à une deuxième vague d’assassinat beaucoup plus courte, car les personnes les plus motivées étaient déjà en prison.

Vint alors une période toute aussi mouvementée mais bien moins meurtrière.

Seuls les entrepôts, les entreprises, et les magasins furent saccagés. Les commerçants ne se laissèrent pas faire et prirent les armes, ce fut pendant de longs mois une véritable guerre civile.

C’est à partir de ce moment que les quartiers périphériques décidèrent de s’impliquer. Le conflit qui était alors idéologique devînt une sorte de revanche des plus pauvres et des exclus sur les privilégiés.

On aurait pu croire que la ville était en proie au chaos mais les entreprises continuaient à tourner, les gens à aller au travail, les journaux à sortir et les restaurants à se remplir.

Moi-même, je n’étais pas particulièrement traumatisé par la situation, la violence s’étant d’ailleurs rapidement concentrée sur les quartiers périphériques, les forces de l’ordre et les médias ayant réussis à sécuriser l’intérieur des murs.

Tout cela me semble si loin maintenant. Comme si rien ne s’était vraiment passé. Pendant que les quartiers se révoltaient les uns contre les autres, nous continuions, nous gens de la ville, à faire semblant, à bâtir des projets sur dix ans, vingt ans, persuadé que notre abondance et notre richesse continueraient à croître. J’assistais parfois à des réunions cherchant à faire le lien entre notre extrême richesse et notre indifférence face à leur misère. Cela nous donnait vraiment l’impression de vivre, d’être au cœur des choses et j’étais persuadé que si la révolution devait se développer, ce serait par nos moyens. Nous attendions tous le grand soir, cherchant à le provoquer de temps à autre.

La répression étant sévère depuis les attentats, nous nous contentions de nous venger sur les affiches publicitaires et de semer le trouble lors des conférences, expositions et autres meetings que nous ne trouvions pas à notre goût.

Les rapports se durcissaient entre ceux qui souhaitaient briser le système et ceux qui s’y conformaient. L’incompréhension grandissait des deux cotés et les « événements » qui agitaient les périphéries étaient sujets à de multiples interprétations de toutes parts permettant de cautionner des actions de solidarités de notre part et des mesures de sécurisation pour le gouvernement.


C’est alors que le parlement vit voter la loi Codemap, -du nom de l’entreprise qui la proposa- qui permettait un regroupement de tout les fichiers clientèles au sein d’un base de donnée géré en commun par les entreprises, les banques, les services publiques et les renseignements généraux.

Cela devait permettre aux entreprises de ne vendre qu’aux bons citoyens solvables et honnêtes, et de mettre en lumière des attitudes de consommations étranges.

Les personnes qui s’y opposèrent furent les premières à éprouver des difficultés à obtenir des cartes de fidélités, des cartes de paiement, des solutions de crédits et toutes ces petites choses sans quoi les achats étaient impossibles.

Je vis des gens pleurer pour récupérer leurs « points-achats », ramper pour obtenir le catalogue des promotions et supplier pour que l’on puisse les laisser s’inscrire à des jeux-concours.

L’esprit contestataire ne survécu alors à l'intérieur des murs que dans une frange marginale de la population, ceux qui avaient réussis à s’arracher de la consommation.

J’en faisais parti, bien que peu militant. Je crois que c’était plus par avarice et pour me distinguer que je refusais tout ce cirque, mais peu à peu je me construisis une identité militante et j’épousai toutes les causes qui me semblaient aller dans le sens de mes convictions. Je devins écologiste revendicatif, militant des droits de l’homme, pro-syndicaliste, anticapitaliste, et artiste (sans grand talent mais toujours dans l’idée d’exprimer mes idées).

Par conviction, par solidarité et par manque de moyens, beaucoup d’entre nous partir vivre en périphérie.

Par Monsieur Grabeuz
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