Par ce que BLogus prépare une surprise, par ce que cette semaine, ça va être plutôt chargé pour moi, par ce que Dupont-Aignan n'a pas eu ses voix, je vous propose une petite parenthèse littéraire, avec une nouvelle en neuf épisodes...
Bonne lecture


Qui vit qui survit


Il a ceux qui vivent et qui s’en moquent et ceux qui survivent pour être encore là le lendemain. Il y a aussi les autres, avec plus ou moins de bonne conscience.


Chapitre 1


Je viens d’une ville qui ne porte plus de noms. Fille de Gomhorre et de Babylone, de Sodome et d’Atlantide, frappée au cœur comme ses sœurs Hiroshima, Nagasaki, Tchernobyl, géographie des contrées meurtries, carte routière d’un monde ravagé, ou d’autres agonisent encore, Grozny, Jerusalem, Gaza, je suis citoyen des pays qui saignent.

J’ai quitté ma maison dans la poussière des cendres. J’ai secoué mes semelles pour ne rien emporter et je suis venu ici. Je voulais oublier et commencer à vivre mais je n’ai pu secouer de ma mémoire ce que j’avais vécu. Je serais donc témoin de l’Histoire de mon peuple, non pour le sortir de l’oubli mais pour pouvoir m’en extraire.


Nous étions mille dans les murs, et deux cents milles autour. A l’entrée de la ville, il y avait une frontière. C’était pour éviter que les gens de l’exterieur se servent des installations des habitants de la ville. Ceux de l’exterieur travaillaient avec ceux des villes, mais étant nés à l’exterieur, ils n’étaient qu’employés. Ceux de la ville donnaient du travail et leurs vieux vêtements à ceux de l’exterieur, ils distribuaient aussi leurs déchets car il n’y avait pas assez de place à l’interieur des remparts.

Tout le monde était satisfait de la situation, c’est ce que disaient les journaux qui étaient écrit par ceux de la ville pour ceux de la ville et un peu pour ceux de l’exterieur.

Pour ceux de l’exterieur, il y avait surtout les divertissements  qui permettaient de se détendre. Quand les gens de l’exterieur étaient mécontent, ils produisaient de la « délinquance », alors l’Etat, -c’est à dire ceux de la ville qui représentent la ville et l’exterieur-, créaient de l’ordre moral pour que tous se sentent en sécurité.

Ceux de l’exterieur avaient besoin de s’occuper, sinon ils faisaient des bêtises. Ceux de la ville leur faisaient fabriquer des objets pour leur faire passer le temps, puis ils les leur vendaient pour pouvoir les rémunérer.

Les gens de l’exterieur pensaient qu’en achetant les produits qu’avaient imaginé les gens de la ville, ils deviendraient comme eux.

Alors ils achetaient tout ce qui était crée. Les gens de la ville aussi achetaient, par ce qu’ils en avaient les moyens et qu’eux aussi ne savaient pas trop quoi faire d’autres. Mais ils n’achetaient que des produits que ceux de l’exterieur ne pourraient s’acheter, pour leur montrer qu’ils étaient de la ville.

Les usines tournaient, les magasins vendaient, les gens travaillaient, et les déchets s’accumulaient. Cela ne génait pas grand monde, les décharges étant situées dans des zones désertées par les gens civilisés.

Auparavant, tout appartenait aux gens de la ville. Pour mieux s’organiser, ils avaient découpé l’exterieur en quartiers. Puis, ils avaient laissé les gens de l’extérieur se diriger eux-même car les gens travaillent mieux quand ils se sentent libres.

Mais les richesses des quartiers appartenaient encore à ceux des villes, et le découpage des quartiers était resté. Lorsque les gens des villes avaient abandonné les quartiers, les anciens collaborateurs et les plus brutaux s’étaient nommés chefs, espérant ainsi être comme ceux des villes, bien qu’à l’exterieur.

Ils tentaient de diriger des quartiers qui séparaient des familles et regroupaient de la haine. Du temps des gens de la ville, cela ne posait pas trop de problème, la répression était trop grande et l’ennemi commun.

Parfois, ceux de la ville acceptaient que certains de l’exterieur viennent s’installer parmis eux. Seuls les plus riches, les plus intelligents, ou ceux qui étaient trop maltraités dans leur quartier pouvaient postuler.

Après qu’ils se soient installés, les gens de la ville les évitaient tout de même, car selon la tradition, ils étaient responsables des malheurs qui s’abattaient sur la cité.

Les dieux qui régnaient sur la ville n’étaient pas les mêmes que ceux de l’exterieur et chacun les avaient fait à son image. Les plus heureux les remerciaient de la vie qu’ils avaient, et les plus malheureux demandaient leurs aides pour un destin meilleur. Les gens les plus doux commes les plus belliqueux justifiaient leurs actes par la volonté des dieux, et tout le monde était un peu perdu. Chacun avait ses rites, ses croyances et son sens du sacré.

Quelques années avant mon départ, les femmes avaient commencé à revendiquer leur indépendance et leurs libertés. Il est vrai que la plupart d’entre elles n’avaient que peu de pouvoir décisionnel.

Les hommes effrayés par ces êtres qui avaient vécu passivement auprès d’eux et qui soudainement réclamaient tant de droits, réussirent à leur faire croire qu’elles avaient obtenu ce qu’elles voulaient en flattant leurs beautés et en les noyants dans un flot de superficialités. Celles qui réussirent à dédaigner ces plaisirs doucereux continuèrent leurs revendications et furent méprisées par la population.

La révolte se tassa, et les femmes furent ramenées au rang d’objet. Et comme tout objet, il s’achète, il se vend, il s’échange, et se tait.

Les gens de la ville comprirent alors que le stratagème serait bénéfique à leurs usines et à la paix sociale, ils inculquèrent alors à tous l’envie du factice, et le culte du corps.

Eux-mêmes crûrent au bonheur dans l’indolence et s’abandonnèrent dans les couleurs acidulées, les émissions souriantes, les parcs d’attractions et les musiques délaçantes.

A l’exterieur, les gens auraient bien voulu eux-aussi rouler dans des voitures rondes, manger des produits sophistiqués, voyager dans des centres fermés de vacances, ou mettre des vêtements dont la coupe devient obsolète en trois mois. Mais ce qu’ils recevaient comme rémunération ne leur permettaient de s’octroyer qu’un morceau du rêve.

Sans répit, les médias continuaient à leur asséner que seul la possession était le bonheur. Les gens de la ville avaient éveillé en eux des besoins qui leur semblaient injuste de ne pas obtenir.

Les divertissements et la pratique du sport ne suffisaient pas à calmer leurs envies. La haine et la jalousie s’ajoutèrent au désir. Les inégalités face au Droit que subissaient les gens de l’exterieur leur semblaient bien plus soutenables que les inégalités face à la consommation. Les crédits et emprunts se transformant en dettes, les plus pauvres s’enfonçaient à longs termes.

Les paradis artificiels fleurirent sous différentes formes, de façons plus ou moins efficaces pour oublier le quotidien si pesant. Les dealers, les pharmaciens, les bistrots, les sex-shops, les sectes, les cinémas, la télévision, tout ce qui pouvait noyer la conscience et les sentiments, eurent alors pour mission de calmer les gens et même si possible de les rendre heureux.

C’est dans ce climat de frustration, de soumission et de dépendance que commence réellement mon récit. J’ai essayé de vous planter le décor, mais je ne suis ni historien, ni sociologue, encore moins philosophe. J’ai pu omettre quelques traits significatifs de la ville d’où je viens mais vous les retrouverez surement dans mon histoire. Tout ce que je vous ai dit vient des livres que j’ai pu consulter avant de partir, et des réçits des anciens.

Ce qui suit sera plus fiable car je l’ai vraiment vécu. Voici donc la véritable histoire de la fin de Consuméris.

Par Monsieur Grabeuz
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